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Attention Talent - Catherine Bigonnesse, Ph. D. en gérontologie et stagiaire postdoctorale - Centre d’études du vieillissement de l’Université de Moncton

CATHERINE BIGONNESSE

Aura-t-on vraiment, un jour, la liberté de choisir de vieillir à domicile ? Pour Catherine Bigonnesse, Ph. D. en gérontologie, ce n’est plus qu’une question de temps : la recherche se développe dans ce domaine, et voit naître d’inspirants projets au N.-B. Pour mieux comprendre, nous l’avons suivie à Cocagne, où le projet participatif qu’elle mène avec le comité Municipalités amies des aînés depuis l’automne 2017 fait émerger des solutions innovantes et adaptées aux besoins de la communauté.

Depuis bientôt deux ans, vous menez avec le comité Municipalités amies des aînés de Cocagne un projet de recherche en faveur du vieillissement à domicile. Comment est née l’idée du projet ?

Si vieillir en résidence est un choix qui conviendra à certains aînés, il n’est pas forcément adapté à tous les publics. Une alternative réside dans le vieillissement à domicile, qui reflète d’ailleurs l’option privilégiée par une grande majorité des aînés. Or, les barrières pour y arriver sont nombreuses au Canada, en particulier en milieu rural, pour des raisons financières ou encore organisationnelles. En 2016, alors que je préparais mon projet de postdoctorat, j’ai souhaité orienter mes recherches sur les services communautaires qui pourraient être développés pour que le maintien à domicile des aînés soit davantage envisagé comme un choix simple à mettre en œuvre, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain, respectueux de la santé des aînés, de leurs économies et des ressources de la communauté.

Pourquoi avez-vous choisi Cocagne ?

Mon choix s’est naturellement porté sur la communauté rurale de Cocagne, connue pour être l’une des premières municipalités certifiées « Amie des aînés ». Avec l’appui de mon mentor, Suzanne Dupuis-Blanchard, titulaire de la Chaire de recherche en santé CNFS - Volet Université de Moncton, j’ai pris contact avec la présidente du comité Municipalités amies des aînés (MADA) de Cocagne. Le dynamisme du comité a fait le reste ! Nous avons lancé officiellement le projet en octobre 2017, avec le soutien financier de la Fondation de la recherche en santé du Nouveau-Brunswick et de la Chaire de recherche en santé CNFS - Volet Université de Moncton.

Quelles innovations ce projet a-t-il permis de faire émerger ?

L’un des principaux obstacles au maintien à domicile des aînés vivant en milieu rural tient au manque de services abordables (et cela va même au-delà des soins de santé). Pour qu’ils puissent avoir la liberté de vieillir chez eux le plus longtemps possible, notre projet consiste à développer un organisme communautaire qui leur offrira, par exemple, un service de transport pour qu’ils puissent se rendre à leurs rendez-vous médicaux, ou bien des services de déneigement après de grosses tempêtes. L’idée est qu’ils puissent disposer de services, coordonnés par une équipe dédiée, et assurés par des professionnels de confiance, sans que cela n’entache leur budget. Pour commencer, nous avons publié un annuaire, qui recense tous les services auxquels les habitants de Cocagne, et notamment les aînés, peuvent faire appel, près de chez eux. Mais, cela n’est qu’une partie de la solution !...

Aujourd’hui, où en est le projet ?

Nous développons à présent un modèle innovant de structure organisationnelle participative, génératrice de liens entre les générations, adaptée à leurs besoins et respectueuse de leurs contraintes. Nous nous inspirons de différentes initiatives, qui rencontrent déjà un certain succès dans le monde, comme le Beacon Hill Village aux États-Unis où les habitants versent une cotisation pour bénéficier de différents services, ou encore l’Accorderie au Québec, système où la monnaie d’échange est le temps, et non le dollar (par exemple, une heure de cours de cuisine contre une heure de jardinage). Nous sommes actuellement en phase de recherche de nouveaux financements pour concrétiser cette idée.

D’où vous vient votre intérêt pour le sujet du bien-vieillir à domicile ?

J’avais 16 ans lorsque j’ai été pour la première fois témoin de la détresse de personnes âgées, en perte de repères, dans un établissement qui ne leur était pas adapté. Ce jour-là, je me suis jurée de changer la donne, ou au moins d’y contribuer. Ce n’est que bien plus tard, pendant mes études en travail social, à l’Université de Sherbrooke que j’ai compris comment je pouvais agir, en participant au développement de solutions à grande échelle pour permettre le maintien des aînés à domicile. J’ai poursuivi mon parcours dans ce sens, d’abord en tant qu’assistante de recherche au Centre de recherche sur le vieillissement à Sherbrooke, puis en approfondissant mes connaissances grâce à mon doctorat en gérontologie à Simon Fraser University à Vancouver, et aujourd’hui, comme stagiaire postdoctorale au Centre d’études du vieillissement de l’Université de Moncton.

Quel conseil donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent participer au développement de la recherche sur le vieillissement à domicile, et en faire une carrière ?

Au regard du vieillissement de la population, la gérontologie, et tout ce qui a trait au vieillissement à domicile, sont des disciplines d’avenir au Canada. Le champ des possibilités et des opportunités d’emploi est large pour qui a des idées et veut agir ! Travailler avec des personnes âgées requiert un certain courage, et nécessite aussi de changer ses idées préconçues par rapport à la vieillesse. Mais ce que vous leur donnerez en allant vers elles, en les écoutant et en travaillant à leurs côtés, elles vous le rendront au centuple. En choisissant de travailler en gérontologie, vous vous offrirez un parcours qui aura du sens pour vous, et pour la société. Cette plongée en humanité vaut de l’or !