
Je n’ai pas toujours su que je deviendrais infirmière. Au début, il y avait surtout un mélange de curiosité, d’incertitude et de doute, mais aussi cette petite voix qui me disait de continuer. Si tu te reconnais là-dedans, sache que tu es exactement où j’étais il y a quelques années. Voici comment mon parcours m’a transformée — et pourquoi il pourrait transformer le tien.
Le choc de la réalité
Il est 7 h 30. C’est mon premier stage en foyer de soins. Je m’arrête devant une porte fermée.
— Allez, entre et réveille ta patiente. Tu dois faire son évaluation et ses soins.
Cette scène avec ma monitrice clinique est gravée dans ma mémoire. Je me souviens m’être dit : Mais, qui suis-je pour entrer dans l’intimité de quelqu’un de cette façon? Pour quelqu’un qui n’avait jamais imaginé travailler dans le domaine de la santé, ce fut un véritable choc.
La vérité, c’est que je ne me suis pas inscrite en science infirmière avec un plan tout tracé. Pendant longtemps, je me voyais complètement ailleurs, dans un domaine très différent de celui-ci. La santé ne m’intéressait pas vraiment — c’était même plutôt le contraire.
Quelques semaines avant mon inscription à l’université, j’ai senti que je devais changer de direction. Sans trop savoir pourquoi, j’ai choisi la science infirmière. Je me souviens encore de la surprise de mes parents quand je leur ai annoncé la nouvelle.
Je ne me suis pas inscrite en me disant que j’allais faire une différence dans la vie des gens. Je ne savais pas si j’avais les qualités d’une « bonne infirmière », car honnêtement, je ne m’étais jamais posé la question. À ce moment, je n’avais pas de grandes ambitions, juste une intuition… et le courage d’oser.
C’est en étant confrontée à cette réalité humaine que j’ai réalisé que cette profession demande bien plus que la volonté d’aider. C’est un immense privilège d’offrir des soins lorsque la santé se fragilise et que la personne devient si vulnérable. Ce premier moment m’a appris que la vulnérabilité n’est pas seulement celle du patient — c’est aussi la mienne, en tant qu’étudiante qui apprend à devenir infirmière.
Construire sa place
À partir de ma deuxième année, j’ai découvert que devenir infirmière ne se résume pas à apprendre quelques techniques. Devenir infirmière, c’est aussi apprendre à s’affirmer dans son rôle.
Je l’avais entendu : « La deuxième année, c’est la plus difficile ». Et je l’ai vécu. L’horaire est chargé. Plusieurs cours, des laboratoires, des unités d’apprentissage et trois stages… ça peut devenir lourd très rapidement. Cette pression académique aurait pu m’écraser. Pourtant, avec le temps, elle est devenue pour moi une forme d’adrénaline. C’est à ce moment que j’ai compris que prendre ma place ne signifiait pas éliminer la pression, mais apprendre à l’apprivoiser. À force de persévérer, j’ai acquis des connaissances, affiné mon jugement clinique et gagné en assurance. C’est donc en devenant compétente que la confiance s’installe, et non l’inverse.
Et c’est l’année suivante que cette confiance a vraiment commencé à s’installer. Les premiers moments où je me suis sentie réellement compétente sont survenus lors de mes stages en troisième année. En oncologie, j’ai réalisé que réorganiser ma journée en fonction des imprévus était une force chez moi. En psychiatrie, c’est mon écoute et ma communication thérapeutique qui sont ressorties. Mais c’est le stage en santé communautaire qui m’a permis de découvrir en moi de nouvelles forces qui, en milieu hospitalier ou dans des contextes cliniques traditionnels, seraient restées dans l’ombre. Assignée à une classe de 9e année, j’y ai notamment découvert mon plaisir et ma facilité à enseigner.
Transmettre l’information est une compétence essentielle en soins infirmiers, notamment dans l’enseignement au patient, et je me suis sentie pleinement dans mon élément.
Travailler en petits groupes m’a amenée à prendre des initiatives, mais aussi à apprendre à partager le leadership. J’ai compris que diriger ne veut pas dire tout contrôler, mais plutôt reconnaître les forces de chaque personne afin de mieux répartir les tâches.
Peu à peu, j’ai cessé de me demander si j’étais à ma place, et j’ai commencé à me demander jusqu’où je pouvais aller.
Pourquoi pas moi?
En quatrième année, une nouvelle question a pris le dessus sur toutes les autres. Jusqu’où ai-je le courage d’aller?
C’est pendant mes cours de soins critiques que mon amour pour la complexité, et plus particulièrement la cardiologie, s’est développé. J’ai découvert une spécialité où l’apprentissage ne s’arrête jamais, et où chaque situation te pousse à aller plus loin, à approfondir tes connaissances, à faire des liens. Cette complexité, qui aurait pu m’intimider, m’a plutôt donné envie d’en apprendre davantage.
Malgré ce désir d’apprendre, envisager une carrière aux soins intensifs paraissait complètement inatteignable. Heureusement, une professeure a vu en moi des capacités que je n’osais pas encore reconnaître. C’est sa confiance qui m’a poussée à oser. Et devinez quoi? Je viens tout juste de terminer mon préceptorat aux soins intensifs coronariens, ce qui m’aurait semblé trop ambitieux il y a quelque temps. Les pièces du casse-tête semblent enfin à leur place.
Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance d’être entourée de professeur·e·s, de monitrices et moniteurs cliniques, d’infirmières et d’infirmiers qui ont laissé leur empreinte sur ma façon de pratiquer. On m’a appris que le programme de science infirmière de l’école s’écrit au singulier, puisque chacun construit la sienne. J’apporte donc aujourd’hui dans ma propre pratique, un peu de leur humanité, de leur jugement clinique et de leur passion.
À quelques semaines de la fin de ce parcours, les possibilités semblent infinies à mes yeux. La différence que je peux faire dans la vie des autres a donné un nouveau sens à la mienne. C’est pourquoi je veux, un jour, poursuivre mes études et redonner à ma profession.
Si chaque personne étudiante construit sa propre science infirmière, la mienne s’est bâtie à travers le doute, le courage et l’audace de me demander : pourquoi pas moi?
Cette question a changé mon parcours. Et si elle pouvait changer le vôtre?
Marie-Eve Comeau, finissante au baccalauréat en science infirmière
