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Jovial finissante

À quelques jours de l'obtention de mon baccalauréat en travail social, je ressens le besoin de m’arrêter un instant pour réfléchir au chemin parcouru. Au-delà des cours, des lectures et des travaux, ce parcours a profondément transformé ma manière de comprendre le monde, les injustices sociales et surtout mon rôle en tant que future travailleuse sociale. Je sais aujourd’hui que j’ai envie d’avoir un impact sur les déterminants de la santé des personnes que je vais accompagner, notamment le revenu, l’éducation, le logement, l’accès aux services, les conditions de travail, le genre, la langue et l’appartenance sociale.

Au début de mon baccalauréat, j’avais une connaissance limitée de l’apport du travail social au sein de la société. Je n’avais que peu de modèles vers qui me tourner pour poser des questions sur les débouchés professionnels concrets ou encore sur la possibilité de bien gagner ma vie dans ce domaine. Cependant, au fil de mes apprentissages, j’ai compris que les réalités vécues par les personnes sont souvent le reflet de systèmes plus larges, marqués par des inégalités sociales, économiques et politiques. Le travail social, c’est aussi questionner ces structures, les comprendre et agir pour les transformer. À cet égard, mon cours sur l’État et les programmes sociaux m’a particulièrement marquée, car il m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement du gouvernement, de la bureaucratie et de l’État, ainsi que leur impact sur les orientations d’un pays.

L’engagement étudiant comme espace de construction identitaire

Ce sont toutefois mes expériences de stage, ainsi que mon implication en parallèle de mon parcours universitaire, qui m’ont permis de réellement me situer. Au fil de mes six années d’études universitaires (une année en traduction et cinq en travail social), j’ai eu l’occasion de m’impliquer activement dans différents espaces, me permettant de développer mes compétences professionnelles.

J’ai également eu la chance d’être entourée de mentors inspirants et d’être exposée à des réalités variées, autant sur le plan pratique que politique. Ces expériences m’ont fait comprendre qu’une personne étudiante peut faire une différence, aussi petite soit-elle, et qu’elle peut aussi inspirer les autres par son engagement.

S’engager en français en contexte minoritaire : mon expérience avec le CNFS

Mon engagement au sein du CNFS a particulièrement marqué mon parcours. En tant qu’ambassadrice, j’ai eu l’occasion de participer à des initiatives visant à promouvoir les programmes de santé en français et à encourager les jeunes à poursuivre leurs études postsecondaires dans leur langue. Cette expérience m’a permis de prendre conscience de l’importance de la représentation et de l’accessibilité des services en français, surtout dans un contexte minoritaire comme celui du Nouveau-Brunswick. Elle m’a aussi offert l’occasion d’entrer en contact avec d’autres étudiantes et étudiants ambassadeurs engagés dans différents domaines de la santé, ce qui a enrichi ma compréhension du travail interdisciplinaire et renforcé mon sentiment d’appartenance à une communauté engagée dans le bien-être collectif.

À travers mes différentes implications, j’ai appris que s’engager, c’est aussi prendre sa place, proposer des idées et oser contribuer, même lorsqu’on est encore étudiante. J’ai compris que l’impact ne dépend pas uniquement du statut professionnel, mais aussi de la volonté d’agir, de s’exprimer et de se mobiliser pour des causes qui nous tiennent à cœur. Ces expériences m’ont permis de développer des compétences comme la communication, l’organisation d’activités, la prise de parole en public et le travail d’équipe, mais surtout de croire en ma capacité à influencer positivement mon environnement.

Concilier engagement et études : un équilibre possible

Par ailleurs, concilier mon implication avec les exigences liées à mes études a été un défi important, mais aussi une grande source de fierté. En arrivant au Canada, mon objectif premier était de réussir mes études, mais aussi de me découvrir sur le plan personnel et professionnel. Tout au long de mon parcours à l’Université, j’ai appris à maintenir un bon rendement dans mes cours tout en étant fortement engagée dans ma communauté. Cette expérience m’a aidée à développer une grande discipline, à améliorer ma gestion du temps et à affiner mon sens des priorités. Elle m’a aussi appris que l’implication et la réussite de mes études ne sont pas incompatibles, mais peuvent au contraire se renforcer mutuellement. Mon engagement sur le terrain a enrichi ma compréhension théorique, tout comme ma formation universitaire a donné du sens à mes actions.

Les stages : entre action collective et intervention auprès des personnes et des familles

Mes stages ont joué un rôle central dans mon parcours. Mon premier stage, réalisé à la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, m’a permis de découvrir l’intervention collective et l’action politique. J’y ai appris que le travail social ne se limite pas à accompagner des individus, mais qu’il consiste aussi à questionner les systèmes, à mobiliser des communautés et à revendiquer des changements sociaux.

Mon expérience de stage m’a également permis de mieux comprendre le concept de multivulnérabilité, c’est-à-dire le fait qu’une même personne puisse vivre avec plusieurs conditions ou diagnostics à la fois, comme l’autisme (TSA) et le TDAH, auxquels peuvent s’ajouter d’autres enjeux psychosociaux. Cette réalité m’a amenée à porter une attention particulière à l’aspect médical des situations, notamment en comprenant l’importance des diagnostics, du suivi professionnel et de la collaboration interdisciplinaire entre les divers intervenants de la santé. J’ai aussi compris que l’accompagnement ne concerne pas uniquement la personne, mais également sa famille. Les parents jouent un rôle central et doivent être soutenus afin de développer des stratégies d’adaptation efficaces. Cette expérience m’a permis de mieux saisir la complexité des situations rencontrées en intervention auprès des personnes et des familles, ainsi que l’importance d’une approche holistique, qui tient compte à la fois des dimensions médicales, sociales et familiales.

Par ailleurs, cette expérience a influencé de manière significative le choix du sujet de mon mémoire de fin d’études. Être en contact direct avec les réalités vécues par les familles m’a amenée à réfléchir plus profondément à certaines problématiques sociales, structurelles et organisationnelles, notamment en lien avec l’accès aux services et le soutien offert en contexte rural. Ces observations ont orienté mon intérêt vers l’étude des besoins psychosociaux et organisationnels des parents d’adolescents autistes vivant en milieu rural au Nouveau-Brunswick.

À travers mon expérience de stage, j’ai pu constater que ces familles doivent composer avec une combinaison de défis, à la fois liés aux conditions médicales de leur enfant et aux limites du système de services, particulièrement en région. Cela m’a permis de mieux comprendre l’importance d’une approche intégrée, qui prend en compte les dimensions médicales, sociales et organisationnelles du vécu des familles

Regards critiques sur les enjeux sociaux et l’offre active

Au fil de mon parcours, j’ai été amenée à m’impliquer et à réfléchir sur des enjeux qui me tiennent profondément à cœur, notamment le racisme, les discriminations, l’équité salariale, la santé mentale ainsi que la représentation des personnes issues de l’immigration dans différentes sphères de la société. Mon baccalauréat m’a aussi permis de mieux comprendre les enjeux liés à la francophonie, notamment à travers le concept d’offre active. J’ai réalisé qu’il est essentiel d’offrir des services dans la langue de la personne accompagnée, mais aussi d’aller plus loin en s’assurant que les personnes allophones puissent également avoir accès à des services adaptés, par exemple à travers des services de traduction. Aucune personne ne devrait être privée de services essentiels en raison de la langue.

Aujourd’hui, à la veille de terminer mon baccalauréat, je réalise que ce parcours a profondément transformé ma vision du travail social et de mon rôle dans la société. Je me sens davantage outillée, plus consciente des réalités sociales, mais aussi des privilèges et des biais que je peux porter. Ce cheminement m’a permis de me trouver, de me positionner et de mieux comprendre le type de professionnelle que je souhaite devenir.

Ce baccalauréat, je le dois en grande partie à mes parents. Étant l’aînée de la famille, et mes parents n’ayant pas eu l’opportunité de faire des études postsecondaires, ils ont toujours accordé une grande importance à l’éducation. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir honoré leurs sacrifices, ainsi que le soutien des nombreuses personnes qui m’ont accompagnée tout au long de ce chemin.

Dans cette continuité, je suis profondément honorée d’être intronisée à l’Ordre du mérite de l’Université de Moncton, une reconnaissance qui vient souligner ce parcours, mais surtout renforcer mon engagement à poursuivre ce travail au service de ma communauté.

Jovial Orlachi Osundu, finissante en travail social