
Je m’appelle Archange Boué, étudiant en deuxième année de la maîtrise en gestion des services de santé à l’Université de Moncton. Avant d’en arriver là, j’ai étudié la médecine générale pendant huit années de rigueur, d’efforts, de nuits blanches et de rêves différés.
Ce que je vais te raconter s’est déroulé entre l’été 2025 et la mi-septembre de cette même année. Une période où, malgré les apparences, tout a lentement vacillé.
Chaque rentrée universitaire apporte son lot de défis comme cette tension invisible que beaucoup connaissent : ce mélange de peur et d’incertitude, cette impression d’être submergé avant même d’avoir commencé. Peu importe le nombre d’années passées à étudier, ce sentiment peut frapper sans prévenir. Et cette fois, c’est moi qu’il a choisi.
L’été avait pourtant été lumineux. J’avais voyagé à Halifax, exploré les paysages paisibles de l’Île-du-Prince-Édouard, et vécu une expérience humaine intense lors d’un stage dans le Grand Nord canadien, au Nunavut. Le vent froid, les sourires discrets des habitants m’avaient laissé un souvenir presque mystique. Tout semblait aller pour le mieux.
Puis, à la fin d’août, un simple courriel a tout changé : ma facture de frais de scolarité.
Le montant s’est affiché en chiffres, brutal, sans émotion. Devant l’écran, j’ai senti mes épaules s’alourdir. La pression familiale s’invita aussitôt, ce devoir silencieux de réussir, de rendre fier, de prouver que tous ces sacrifices n’avaient pas été vains.
Je repensai à ma première année de maîtrise : une moyenne de 4,04, un parcours exemplaire. Rien ne laissait présager ce gouffre d’anxiété qui s’ouvrait en moi. Et pourtant, chaque question devenait un vertige : Comment allais-je payer ces frais? Trouver un équilibre entre mes cours et mon emploi étudiant? Assumer mon logement, mes repas, mes obligations?
Les premiers jours de la rentrée furent un chaos intérieur.
Mes nuits étaient courtes, mes journées floues. Je souriais encore, je riais même parfois, mais à l’intérieur tout semblait s’effondrer. Le vide s’était installé, sournois. Ma mémoire ne retenait que l’essentiel, mes pensées tournaient en boucle.
Lors du premier cours du semestre, tout s’est intensifié. Les plans de cours semblaient interminables, les lectures colossales, les échéances trop rapprochées. Je me sentais incapable d’affronter cette montagne. La peur me paralysait.
C’est là que le besoin d’aide est devenu une urgence.
J’ai commencé à parler à mes amis. Chacun me donnait ses conseils, ses méthodes, ses petits remèdes pour calmer l’anxiété. Certains me disaient de respirer, d’autres de relativiser. Mais quand la tête tourne à cent à l’heure, les mots ont parfois du mal à s’ancrer.
Un soir pourtant, j’ai eu le déclic.
J’ai décidé de ralentir. De tout ralentir.
Sur mes douze crédits, j’en ai retiré trois, assez pour rester dans les normes des étudiants internationaux, mais assez aussi pour respirer. J’ai réduit mes heures de travail, accepté de marcher lentement, de m’arrêter, de simplement être.
Je me suis surpris à aimer le silence des balades du soir.
À retrouver un peu de paix dans la simplicité : un banc, un vent frais, un ciel bleu au-dessus du campus. J’ai cessé de me projeter trop loin, parce que, de toute façon, l’avenir n’était pas encore là.
Avec le recul, je crois que ma plus grande erreur fut de ne pas avoir consulté les ressources disponibles à l’université. Là d’où je viens, demander de l’aide est souvent mal perçu, comme un aveu de faiblesse. Mais c’est faux. C’est un cliché qui détruit lentement celles et ceux qui le croient.
Alors, à toi qui lis ces lignes, je veux te dire ceci : tu n’es pas seul(e).
Peu importe ton expérience, ton âge ou ton parcours, la tempête peut frapper. Durant mes huit années d’études en médecine, jamais je n’avais ressenti cela. Et pourtant, elle est venue, cette angoisse, sans prévenir.
Mais elle est aussi repartie, doucement, à force de courage et de vérité envers moi-même.
Tiens bon. Respire. Marche. Parle.
Tu n'es pas seul(e).
Si toi aussi tu vis des moments difficiles, n’hésite pas à contacter le Service de santé et psychologie de l’Université de Moncton au 506-858-4007, ou par courriel à [email protected], ou à consulter leur site web Service de santé et psychologie. D’autres ressources sont aussi disponibles, gratuites, et accessibles 24/7, entre autres, des ressources d'urgence, tels que la Ligne d'aide en cas de crise de suicide 9-8-8, la ligne Jeunesse, j'écoute 1-800-668-6868 ou envoie un message texte au 6-8-6-8-6-8 et la Ligne d’écoute provinciale consacrée au traitement des dépendances et de la santé mentale (Nouveau-Brunswick) au 1-866-355-5550.
